Muse en résille
Que m’importe la foule, ton doigt me désigne, Si ton pas, en entrant, me sacre et me résigne ? Le savoir n’est que vent, la gloire un vain détour, Quand ton corps fait école et m’enseigne l’amour. Sous la lampe, ta jambe, en résille savante, File un noir entrelacs sur la chair nue et provocante ; Chaque maille est un vers, mesuré, retenu, Qu’un doigt connaisseur suit, frémissant, ingénu. Ô muse, non des mots, tu me joues de la clarinette. Tu marches, et mes yeux deviennent architectes. Règle en main, je contemple un galbe si précis, Que l’art semble hésiter entre chair et récit. Que dira le peuple ? Que ma lyre est sensuelle, Que mon chant coule pur d’une source charnelle ; Qu’au luxe de ta peau, sous ce piège élégant, Je tonne sans fureur, mais brûle lentement. Car faut-il peindre les mœurs, célébrer les banquets, Quand ta cuisse voluptueuse suffit à fonder un palais ? Généreuse est ta hanche, volcanique est ton feu,
Mes vers se taisent, simple lézard, pour t’admirer au mieux…
…Ma Muse.